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Cahiers d'archives

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PUBLICATION ÉLECTRONIQUE DES INÉDITS

un entretien avec Jean-Philippe Toussaint
Comment vous est venue l’idée de publier vos inédits ?
Chez moi, à Bruxelles, se trouvait un certain nombre de manuscrits pas vraiment rangés, qui venaient de Paris (de la rue de Longchamp, de la rue des Tournelles, de la rue Saint-Sébastien peut-être, je ne sais plus très bien), où ils avaient passé un certain temps dans différentes caves. J’en ai fait plus ou moins l’inventaire, j’ai regardé ce qu’il y avait, et j’ai envisagé de les publier sous forme électronique sur mon site Internet, dans le prolongement de ce que je faisais avec la mise à disposition de mes brouillons. Je les ai confiés à Laurent Demoulin, qui est à la fois un ami et sans doute l’universitaire qui connaît le mieux mon travail.
De quels manuscrits s’agissait-il ?
Trois ou quatre versions d’Échecs, mon premier roman, une ou deux de la pièce de théâtre Les Draps de lit, et le roman La Faute de frappe, écrit en collaboration avec Gil Delannoi.
Quelle était l’idée ?
L’idée était de demander à Laurent Demoulin d’établir une édition critique pour chacun d’eux. Au début de l’année 2012, le premier de ces livres, Échecs, était prêt, Laurent Demoulin avait établi l’édition et rédigé une préface, Patrick Soquet avait réalisé le fichier électronique, et ma fille Anna, qui fait des études de graphisme et de typographie, avait proposé une couverture originale pour le livre. Nous avons alors hésité sur la manière de le rendre public : soit, gratuitement, sur le site www.jptoussaint.com, soit essayer de le diffuser plus largement, et de façon payante, en explorant les possibilités de commercialisation des livres électroniques. Nous avons opté pour cette dernière solution, mais nous nous sommes alors rendu compte qu’il était impossible de publier des ebooks sans avoir un statut d’éditeur. Le seul site qui permettait cette autoédition était Amazon, et nous nous sommes résignés à cette solution. Nous l’avons mis en ligne en mars 2012, et le livre était disponible sur le site d’Amazon jusqu’il y a quelques jours. À présent, il ne l’est plus, nous venons de le retirer, ceux qui l’ont acheté sur Amazon disposent donc d’un collector électronique !
Cela ne vous a pas posé un problème moral, ou au moins un cas de conscience, de faire appel à Amazon ?
Oui, c’est vrai. Très vite, il m’est apparu que la solution n’était pas satisfaisante. Elle nous mettait en effet en porte à faux vis-à-vis du réseau des librairies de qualité, pour qui Amazon est un concurrent redoutable, parfois déloyal et potentiellement dangereux. C’est pourquoi, aujourd’hui qu’un deuxième livre est prêt pour une publication électronique (la pièce de théâtre Les Draps de lit), nous avons opté pour un moyen de diffusion qui est à la fois beaucoup plus large — car ouvert à tous les internautes — et très confidentiel, car les livres sont uniquement disponibles sur mon site.
Vous rejoignez l’idée initiale de faire de la publication des inédits un complément de la mise à disposition de vos brouillons sur votre site ?
Exactement. Il s’agit, je crois, d’une vraie réflexion sur l’archive. Pour les différencier nettement de mes autres livres et leur donner un statut particulier, nous avons créé une minicollection, spécialement dédiée à ces inédits, qui s’appelle Cahiers d’archives Jean-Philippe Toussaint.
Ces romans seront donc en accès libre et gratuit ?
Oui. Mais la possibilité est donnée aux internautes qui le souhaitent de participer aux frais de publication. Notre site ne bénéficie d’aucune aide ou subvention, et tous ceux qui m’aident à le réaliser sont bénévoles, je leur en suis d’ailleurs très reconnaissant. Je regrette à ce propos que ni le Centre National du Livre en France ni la Promotion des lettres en Belgique ne nous aient apporté leur aide, estimant qu’il n’était pas de leurs compétences d’aider au développement de tels sites de création autour du travail d’un auteur. C’est moi-même, de ma poche, qui prend en charge tous les frais de fonctionnement du site, comme les frais d’hébergement ou la location du nom de domaine. Je peux naturellement assumer ces quelques dépenses, mais il est évident que si nous avions davantage de moyens, nous pourrions envisager de nouveaux développements pour le site.
Envisagez-vous de compléter cette édition électronique par une édition papier ?
Non. Le projet m’intéresse sous forme exclusivement électronique, et disponible uniquement sur mon site. J’y vois une spécificité d’Internet. Comme j’éprouve à la fois beaucoup de respect pour ces textes de jeunesse, ce qui explique que je suis heureux de les voir publier (et même ému, je dois dire), mais que je suis conscient du fait qu’une version papier pourrait prêter à confusion en apparaissant dans les librairies comme une nouvelle publication — et donc, comme un texte que je viendrais d’avoir écrit —, je préfère renoncer à toute version papier. Il faut aussi considérer que l’édition que nous proposons, qui compte plusieurs versions du manuscrit, une préface et des notes, serait impossible à publier en version papier à moins de 700 pages. C’est peut-être contradictoire de renoncer à l’édition papier si on cherche à toucher le plus large public, mais ce n’est pas vraiment ce qui nous motive, nous visons plutôt un public restreint d’universitaires ou d’amateurs de mon travail qui seraient curieux de découvrir, en toute connaissance de cause, mes premières tentatives littéraires. Le caractère critique de cette édition, avec ses notes et sa préface, va d’ailleurs en ce sens. Et puis, n’est-ce pas une belle idée de donner les moyens de diffusion les plus contemporains à mes livres les plus anciens ?
propos recueillis en juillet 2013